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Parrains

2016 : JEAN ROUCH

Jean Rouch. L’homme à la caméra de contact

Alliant science et art au travers d’une œuvre et d’une action mues par l’enthousiasme et au moyen surtout de sa « caméra de contact », Jean Rouch a transformé la recherche en sciences humaines, ouvert des voies originales au cinéma et proposé un regard neuf tout à la fois sur l’Afrique et sur le monde des images, devenant l’un des grands passeurs du 20e siècle.

Né un « joli mai » dans ce 14e arrondissement parisien qu’il habitera toute sa vie en citoyen du monde, Jean Rouch grandit dans une famille de scientifiques, explorateurs et artistes amateurs. Enfant, il séjourne dans de nombreux pays étrangers, au gré des affectations de son père Jules. Adolescent, de retour à Paris, il découvre la poésie, la peinture, le surréalisme, le jazz, le cinéma et l’ethnographie, tout en poursuivant des études aux Ponts et chaussées. Jeune ingénieur civil, il arrive à Niamey en 1941 et devient rapidement ethnographe, guidé par Marcel Griaule et Théodore Monod. Après son engagement dans l’Armée française de Libération, pour lequel il sera distingué, débute sa double aventure africaine et imagétique.

Au fil de soixante années de recherche menées au sein du CNRS pour la plupart, Jean Rouch arpente toutes sortes de terrains ethnographiques et anthropologiques. Il se penche avant tout sur la culture des Songhay du Niger et leurs rituels de possession en particulier – Les maîtres fous –, puis, avec l’anthropologue et amie Germaine Dieterlen, sur la culture des Dogon du Mali – la série du Sigui. Rouch s’intéresse aussi d’emblée, avec sa première épouse Jane entre autres, à l’Afrique moderne, celle des « villes-monde » d’Abidjan ou d’Accra : s’ouvre alors à lui un univers dynamique qui l’enchante, fait de mixité et d’hybridation. De cette connaissance mêlée des traditions et des modernités africaines, de sa rencontre surtout avec ceux qui deviendront de proches collaborateurs et amis – de Damouré Zika à Moussa Hamidou –, naît une anthropologie « inversée » et « partagée » dans des créations communes entre documentaire et fiction, portées par l’imagination et le rire, et empreintes d’une sagesse particulière – Jaguar ; Cocorico ! Monsieur Poulet ; Moi fatigué debout, moi couché.

Cinéphile aguerri – initié par l’ami Henri Langlois –, passionné de technique, choisissant ses outils et contribuant à leur perfectionnement, découvrant des usages innovants et des méthodes pionnières, Jean Rouch lance « un pavé dans la mare du cinéma » (Godard), en participant au renouveau des « techniques légères » ou en stimulant la Nouvelle Vague – Moi, un Noir ; Chronique d’un été.

Homme aux multiples réseaux – de l’IFAN à l’UNESCO, de la Cinémathèque française aux festivals de cinéma de Venise, Ouagadougou ou Manosque –, Jean Rouch est à l’origine de plusieurs institutions et manifestations toujours actives – du Comité du film ethnographique aux Ateliers Varan – et a été un lanceur de talents et de disciplines, contribuant par exemple à la naissance du cinéma nigérien – avec Moustapha Alassane, Oumarou Ganda ou Inoussa Ousseini – ou à celle de l’anthropologie visuelle.

Andrea Paganini, délégué général du Centenaire Jean Rouch 2017

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Les précédents parrains du FIDADOC :

  • 2016 :  Jean-Pierre Thorn (France), cinéaste ;
  • 2015 : Luciano Barisone (Italie), critique, directeur de Visions du réel ;
  • 2014 : Nicolas Philibert (France, Cinéaste), Rasha Salti (Liban, programmatrice) ;
  • 2013 : Orwa Nyrabia (Syrie), producteur, co-fondateur du festival DOX-BOX.